LETTRES FAMILIALES ET D’AFFAIRES
CHAUVITEAU – GUENET
De Mons d’Orbigny, etc.
(1797-1825)
Recueillies et transcrites par Emmanuel Boëlle en 1996
INTRODUCTION ET COMMENTAIRES
Ce nouveau recueil de lettres de la famille Chauviteau, comprenant plus de 200 lettres inédites, écrites sur une période allant de 1797 à 1825, c’est à dire la totalité de la période dont nous avons des lettres de famille (à l’exception de lettres au delà de 1825).
Il fait suite aux volumes suivants:
- LETTRES DE FAMILLE RETROUVEES EN 1897
et, déjà recueillies par moi
- LETTRES BIOCHE-CHAUVITEAU (1809-1824)
- LETTRES CHAUVITEAU (1798-1800) lettres non publiées
- UNE AFFAIRE DIFFICILE, LE CAS DU JEUNE HERNANDEZ, DIT PANCHO
- LETTRES BOURDEL ET BANCEL
- L’Education des enfants (Jean, Louis et Ferdinand),(1809-1824)
Ce nouveau recueil est en grande partie centré sur les relations entre Salabert et son cousin Jean Antoine GUENET, dit Solange, qui épousa en 1803, la sœur de Salabert, Sophie Chauviteau.
Ce dernier participa dès 1797 aux affaires de Salabert, avec plus ou moins de succès, se rendit lui aussi à Cuba et fut ensuite son agent aux Etats Unis, à partir de son mariage en 1803 et en particulier à partir de 1812, date à laquelle Salabert, qui avait quitté Cuba en 1809, chassé par les conséquences de la guerre Napoléonienne, revint s’installer à La Havane
Après le décès en 1816 de Solange GUENET, sa femme, Mme Vve Guenet quitta les Antilles en 1817 pour Bordeaux, pour retrouver sa mère, Mme Vve CHAUVITEAU. Malheureusement cette dernière décéda la veille de son arrivée, et Mme Vve Guenet se retrouva seule à Bordeaux, où elle s’installa avec sa famille et le fils aîné de Salabert, Jean, qui avait quitté New York où il était en pension pour retrouver sa grand mère. Lui aussi arriva trop tard pour la revoir.
Il s’en suivit une abondante correspondance entre Salabert toujours à La Havane, et sa sœur, où ce dernier lui prodigue de sages conseils que sa sœur ne semble pas avoir toujours très bien suivis.
En 1821, Salabert, malade, vient en France, avec toute sa famille et s’installe à Paris. Les médecins se révélèrent impuissants à le guérir, malgré un séjour aux Eaux de Vichy. Il devait décéder au début de 1823.
Après son décès, en 1825, son fils aîné Jean, épousera sa cousine, Joséphine GUENET, fille aînée de Mme GUENET.
Ce recueil comprend donc de nombreuses lettres où les problèmes familiaux et professionnels sont mêlés. Les problèmes professionnels sont difficiles à suivre, faute de savoir en quoi ils consistaient exactement. Bien des passages sont totalement obscurs; ils ont été cependant retranscrits avec le maximum de fidélité.
Ce recueil donne aussi l’occasion d’avoir quelques lettres entre Serafina, femme de Salabert et son mari, tantôt en espagnol, tantôt en français, échangées en 1812, période où Salabert, déjà retourné à la Havane, attendait désespérément le retour de sa femme des Etats unis, retour toujours retardé par des difficultés dues aux circonstances, ce qui mettait les deux époux au comble du désespoir, où nous trouvons une femme amoureuse et assez excessive.
De plus, il comporte des lettres de quelques amis ou relations d’affaires, qui nous donnent des renseignements intéressants sur l’opinion de l’époque, sur les problèmes économiques, politiques, etc.
PREMIÈRE PÉRIODE (1797-1806)
- Etats-Unis, Cuba, Antilles
- Mariages en 1803
- Salabert Chauviteau et Serafina Aloy
- Solange Guenet et Sophie Chauviteau
Reprenons la présentation de la famille au début du recueil.
A Providence, petite ville des Etats Unis, capitale du petit Etat de Rhode Island, nous trouvons en 1798, une famille française, la famille Chauviteau, composée du père, de la mère et d’une fille, Sophie. Ils se sont réfugiés aux Etats Unis, ayant quitté Basse Terre en Guadeloupe en 1794, en raison des troubles causés par la Révolution. De nombreux autres français des Antilles en ont fait de même, et il existe donc une petite colonie d’émigrés dans la région. Un neveu de Madame Chauviteau, fils de sa soeur, Mme Guenet, originaire du Moule, petite localité de la Guadeloupe, les avait accompagné. Il s’agit de Jean Antoine Guenet, curieusement connu sous le prénom de Solange.
La famille Chauviteau comprenait en plus deux jeunes gens, Jean Joseph, dit Salabert et Hilaire, dit Chalon. Ces derniers, âgés d’une vingtaine d’années viennent de partir pour La Havane à Cuba, où Salabert, doué de beaucoup de caractère, vient d’entrer dans une maison de commerce locale, appartenant à Mr Hernandez.
La première lettre nous annonce que Solange, leur cousin, qui brûle d’envie de les retrouver ne s’y prend pas très bien pour les amadouer. Il se donne pourtant du mal, et la lettre suivante (NC2) est écrite en anglais, pour bien montrer qu’il fait des progrès. Cependant, ses finances ne sont pas brillantes. Son “Mago”, comme il dit n’est pas très copieux. Mr Chauviteau, dans la lettre NC3, nous annonce que Solange va partir prochainement pour la Havane, ce qui lui permettra d’apporter des cadeaux, bas de soie, etc. Mr Chauviteau, qui est d’un naturel plutôt pleignard, en profite pour lancer quelques imprécations au ciel: “Le nom français est regardé ici avec mépris”
La lettre NC4, envoyée un an plus tard par Solange, de Charleston à Salabert à La Havane montre que Solange s’est bien mis aux affaires. La lettre suivante, NC5, écrite peu après, montre que Salabert n’hésite pas à enguirlander son cousin, s’il n’agit pas comme il l’aurait souhaité, ce qui oblige Solange à se défendre comme il peut, reprochant à Salabert “l’injuste sévérité de son stile”.
Une lettre ultérieure, NC6, montre que Salabert doit avoir encore d’autres motifs de réclamations envers Solange. Pourtant, cela ne doit pas être trop grave, Solange, qui vient d’arriver à la Havane propose de recevoir ses deux cousins à bord pour se régaler avec du coing à l’eau de vie de France. Incidemment, nous apprenons que la fièvre jaune (transmise par des moustiques), ce que l’on ne savait pas à l’époque, sévissait à Philadelphie.
Monsieur Chauviteau, dans sa lettre à Salabert, NC7 parle d’un domestique, probablement plus ou moins esclave, Narcisse, qualifié de “pourri de vérole”, qu’il s’apprête à envoyer à ses fils en précisant: “Emmenez le avec vous, vous aurez protection pour le faire arrêter au cas qu’il ne mette pas de bonne volonté”. On évoque aussi la possibilité de le mettre à bord d’un navire comme mousse. Mais il semble que les gages iraient entre les mains de Mme Chauviteau ! Les habitudes du temps n’étaient pas tendres.
Le temps passe. Nous sommes en 1802, avec la paix d’Amiens. Monsieur Chauviteau peut retourner faire un tour aux Antilles. Sa belle sœur, Mme Vve Guenet, mère de Solange peut lui écrire du Moule en Guadeloupe, à St Pierre en Martinique, où il vient d’arriver. C’est pour lui annoncer des décès de parents proches.(NC8)
A la même époque, Mlle Chauviteau, l’espiègle de la famille écrit à son frère de New York, d’un ton enjoué “vous avez en moi une de vos meilleures amies, qui reçoit vos lettres avec le plus grand plaisir”. Elle lui raconte les petites histoires du voisinage. (NC9). De son coté, Mme Chauviteau écrit à son fils Chalon, en lui parlant de problèmes de confitures pas assez cuites et qui ne conservent pas, et en mentionnant l’arrivée aux Etats Unis du ménage Bourdel, cousins de Madame, et que nous retrouverons souvent dans les années suivantes.(NC10)
Salabert a du annoncer son prochain mariage avec Séraphine (Aloy), jeune espagnole de Cuba. Mlle Chauviteau espère la voir arriver bientôt de la Havane pour faire sa connaissance (NC11). Mme Chauviteau communique à Salabert (NC12) les nouvelles qu’elle a reçu de la Guadeloupe par Mr Chauviteau qui s’y trouve. “Le pays est fort tranquille à présent. Mais on a embarqué, tué, pendu plus de dix mille personnes”; “il y a encore des brigands dans les bois”. Il est vrai que la Guadeloupe a beaucoup souffert durant la Révolution, la guillotine y ayant été exportée et assez largement utilisée. Mme Chauviteau se réjouit vivement du mariage annoncé, “Si vous vous trouvez heureux, je serai heureuse”. Elle annonce qu’elle met Solange au rang de ses enfants!
Mr Chauviteau, qui a pu aller régler ses affaires à Basse Terre en Guadeloupe (NC13) écrit à Salabert des propos un peu plus optimistes, mais toujours grandiloquents. Refusant une offre d’aide, il écrit: “Je ne suis point dans la misère, je ne suis pas un infirme, je ne suis pas un lâche, pour accepter et nuire aux progrès de la fortune de mes enfants”
Mlle Chauviteau, de New York écrit en Août 1802, (NC14) se plaignant de n’avoir pas de nouvelles de son frère depuis 4 mois. Il faut dire que les relations épistolaires de l’époque étaient longues et aléatoires, malgré les bateaux qui circulaient entre les ports de la région. Un délai de quatre mois pour recevoir une lettre était courant. Elle attend le retour de son père, qui doit être accompagné de sa tante Guenet. Ce n’est qu’en Novembre qu’elle va enfin recevoir des nouvelles. (NC15). Du coup, elle se risque à parler de son cousin Solange, qui, visiblement a des vues de mariage avec elle, mais que cette dernière, comme elle fait allusion en parlant “aux sentiments qu’il a pour moi, et que je suis censée ignorer.” Par contre, elle sera déçue de voir s’évaporer le projet de visite de Séraphine à New York. En Novembre 1802, (NC16), c’est à son autre frère Chalon, qu’elle raconte ses petites histoires, parlant du mariage prochain de sa cousine Silvie Bourdel, avec Henry Larue, dont nous reparlerons plus tard. Madame Chauviteau, à la même date, reprend l’idée de voir Salabert et sa future épouse, venir les voir à New York, mais , grand Dieu, où loger tout ce monde. “Faites provision de matelas”, dit-elle. À son fils Chalon, elle émet l’idée, que s’il est si négligent à lui écrire, c’est qu’il est amoureux! “Dites moi vos petits secrets, je vous donnerai des conseils.” (NC18)
Mme Guenet, qui devait accompagner Mr Chauviteau, revenant de la Guadeloupe aux Etats Unis, ayant mal supporté la mer, reste en route à Antigua, petite Antille, proche de la Guadeloupe. Hélas! la fièvre jaune y sévit, là aussi. Elle écrit à Salabert pour préciser les modalités du mariage qui s’annonce entre Solange , son fils et Sophie Chauviteau. Hélas, le pauvre Solange n’a pas été heureux en affaires. Il doit faire face à une forte perte. (NC19). Elle ajoutera dix mil francs à ce que doit recevoir Solange. Elle est prête à tout pour assurer le bonheur des futurs époux, même de parler espagnol!
Enfin, Madame Chauviteau apprend à Salabert le retour aux Etats Unis de son mari, accompagné de Solange (NC20) Le mariage va se faire le 5 Février 1803. Solange le signale incidemment le 9 Février, à la fin d’une lettre d’affaires, où l’on apprend que la permission
d’apporter des nègres à la Havane va bientôt être supprimée. Ceux qui y sont déjà vont prendre de la valeur. Conséquence inattendue (NC21). Il ajoute à la fin de la lettre: “C’est Samedy passé que nous nous sommes mariés, il ne manquait que vous deux, mes chers cousins, pour rendre la fête complète, aussi, je vous envoie cy joint de nos jarretières, pour vous dédommager un peu.”
Salabert continue à être très dur avec Solange dans ses reproches (NC22), mais Solange le supporte mal “une partie du contenu était si dégoûtant qu’il n’a pas eu la force de le lire”. C’est à Baltimore que Solange va s’établir. Mme Chauviteau le confirme à Salabert le 6 Mars 1803 (NC23) Elle parle de la guerre éventuelle entre les Ameriquins et l’Espagne; en fait c’est la guerre entre la France et l’Angleterre qui va reprendre en Mai 1803. Cela n’a pas empêché Salabert de se marier le 22 Mars 1803 avec Serafina Aloy, à la Cathédrale de La Havane. Son partenaire commercial, Francisco Hernandez, va épouser la sœur de Serafina. Ils deviennent donc beaux frères. On les connaîtra sous le nom de Chico et Chica..
Mais Serafina avait deux autres sœurs, qui avaient épousé deux français d’Oloron, dans les Pyrénées, Juan Andrés Poey et Simon Poey. Ceux-ci, installés depuis longtemps à la Havane étaient négociants. L’un d’eux, Simon, était en relations d’affaires, un peu difficiles, avec Simon Poey.
Celui-ci décéda à Cadix, en Espagne, en 1803 et Salabert, qui venait de devenir le beau-frère de la femme de Simon Poey, Juana Aloy, lui écrit une lettre de condoléances (NC25), d’où il ressort bien que les relations d’affaires étaient assez mauvaises! Charito, (Aloy) dont il est question est l’autre sœur de Serafina, femme de Juan Andres Poey.
Monsieur Chauviteau (NC26), annonce son attention d’aller voir Salabert à La Havane en Avril 1804, faire la connaissance de Serafina et de Mr Hernandez et il termine en disant à son fils qu’il sera toute la vie “le meilleur de ses amis masculins”. Il évoque par ailleurs des problèmes commerciaux (il a deux huitièmes sur un navire l’Espérance) et des difficultés à faire rentrer ses revenus de la Guadeloupe.
Sophie Chauviteau (NC27), écrit à sa belle soeur Serafina le 8 Décembre 1803. Elle a eu une fille, accouchée avant terme, le 10/10/1803; elle qualifie son ménage avec Solange de “ménage de l’âge d’or”
Le frère de Mr Chauviteau, Louis Chauviteau, vivant à Rivière Pilote (Martinique), marié, mais sans enfants, écrit à son frère à New York (NC29). La reprise de la guerre, a fait disparaître comme un souffle les perspectives heureuses qui se faisaient jour à St Pierre. Il nous apprend que Ste Lucie a été prise dès le premier jour. Heureusement que des bâtiments neutres évitent à l’île un blocus tragique. Deux lettres suivantes écrites à Salabert, nous parlent, d’un coté, de la félicité de sa vie conjugale, mais aussi par ailleurs de certains besoins d’argent dus à l’effondrement des affaires. (NC30, 31)
Une lettre du 28 Janvier 1805, (NC31) écrite de Baltimore par Mme Chauviteau fait état d’une naissance proche chez Serafina, alors que Sophie Guenet n’est pas encore accouchée. Mme Chauviteau regrette New York, “De tout ce que j’ai vu, New York est ce qui m’a plu davantage pour les agréments de la vie”.
Les parents Chauviteau vont gagner la France en 1805, emmenant avec eux un jeune domestique, filleul de Mme Chauviteau, John Therassin, dont on reparlera plus loin. Ils s’installent dans la région de Bordeaux.
DEUXIÈME PÉRIODE (1807-1817)
- Etats Unis, Cuba, Antilles, France
- Salabert et sa famille sont réfugiés à Bristol (E.U) (1809-1812)
- Retour Salabert et sa famille à Cuba (1812)
- Décès de Mr Chauviteau et Solange Guenet en 1816
Une petite note d’affaires en France, datée de 1807 est le premier document que nous ayons sur cette époque. Les lettres reprennent à partir de 1809, au moment où Salabert et sa famille obligés de quitter Cuba, comme les autres français de l’Ile à cause de la guerre entre l’Espagne et la France, s’installe aux Etats Unis, à Bristol (Rhode Island). Un de ses amis de Cuba, Louis de Mons d’Orbigny lui écrit de Ballston Springs, ville d’eau américaine, près de Saratoga, au Nord de New York (NC34). Il a des problèmes d’argent! 2 lettres d’affaires de Solange Guenet, en postscriptum sur des lettres de Serafina Chauviteau à son mari, alors en déplacement à Philadelphia et New York, nous montrent que Salabert a réussi à poursuivre des affaires aux U.S.A., et que donc, les problèmes materiels ne se posent pas. On s’occupe d’une mule morte en mer, mais hélas, non assurée (NC35,36).
Nous avons une lettre de 1810, entre Salabert et son père, à Bordeaux, (NC35). Salabert est toujours de bon conseil, mais par ailleurs constamment sollicité. Il faut arranger le problème des jeunes enfants Poey, restés en France, et que leur mère voudrait faire revenir à la Havane. N’oublions pas que l’Europe entière est en guerre, ce qui ne facilite pas les voyages. Et “le nom français est en horreur dans les Amériques Espagnoles”. Une fille Serafina vient de naître (future épouse de Xavier Hermet, et ancêtre des Boëlle). Son parrain va être Louis de Mons d’Orbigny, qui s’en réjouit (NC37). Les Eaux de Saratoga ne lui réussissent guère. Philosophiquement, il déclare, désabusé, “Je me considère dans une très mauvaise barque, fort mal à mon aise”.
Une nouvelle lettre de Salabert à son père, de Décembre 1810 (NC40), fait apparaître que, après réception des lettres de son père, il éprouve du chagrin. Il essaie de lui remonter le moral. S’il a de l’argent, comme il l’avait dit trois ans auparavant, qu’il le dépense; s’il n’en a pas, qu’il vienne le retrouver. Il fait allusion à un certain Mr Sullivan, américain de Boston qui vient de faire un riche mariage et qui semble en vouloir à Salabert de laisser son père dans la misère.
Les Français ayant fui Cuba pensent à y retourner. L. d’Orbigny veut y retourner fin 1810. A cette occasion, il déclare que la guerre entre la France et la Russie est inévitable (ce qui se produisit effectivement) (NC41,42). Salabert également ira y passer quelques temps en 1811.
Une lettre reçue de France, provenant d’un négociant important de Bordeaux, Albrecht et Delbruck, fait un tableau sombre de la situation économique (NC44). “stagnation générale des affaires,” etc. Une autre, reçue de la Nouvelle Orléans, (NC45), fait état d’insurrection d’esclaves. Dieu merci, il n’y eut que deux habitants victimes, mais “ces monstres (les esclaves insurgés) ont été tous tués, pendus ou guillotinés, et leurs têtes exposées sur des piques”.
Solange Guenet envoie de Bristol à Salabert à La Havane, en Avril 1811, 2 lettres purement d’affaires (NC49,50), difficiles à comprendre faute de connaître les affaires traitées.
Salabert rentre de La Havane. Il reçoit deux lettres de l’abbé Matignon (futur évêque en France), où ce dernier, aumônier en quelque sorte de la petite communauté catholique de la région de Bristol, parle de sa petite communauté de 40 âmes.(NC52,53). Louis d’Orbigny, en Février 1812 annonce son retour à la Havane (NC54,55). Il fait allusion à un traité entre Buenos Ayres et Montevideo.
31 Mai 1812, Salabert est rentré, cette fois définitivement, à La Havane, laissant provisoirement sa famille à Bristol. A partir de cette date, et jusque vers 1840, nous avons plusieurs recueils de copie de lettres envoyées par Salabert à sa famille et à certains correspondants commerciaux.
Du 31 Mai 1812 au 10 Novembre 1812, (NC56 à NC80), un échange de lettres entre Salabert, d’une part, et Solange Guenet et Serafina Chauviteau, tous deux à Bristol, est centré sur le problème du retour de Serafina à Bristol. Perpétuellement remis pour des raisons de mauvaises communications, il va mettre Salabert d’un côté, et sa femme de l’autre au bord de la crise de nerfs. Cela nous permet d’avoir en particulier une lettre véhémente en espagnol de Serafina à son mari (NC 71), montrant à la fois tout l’amour furieux qu’elle a pour son mari, lui reprochant de l’avoir abandonnée. “Tu ne pourras jamais t’imaginer quelle est ma situation. Combien de peines m’aurais tu évitées si, au lieu de m’envoyer chercher, tu étais venu toi-même. Je vais devenir folle !…”
“Mais envoie moi des lettres comme en écrit un mari à sa femme, toutes celles que j’ai reçues jusqu’à maintenant sont d’un style tout à fait étrange…J’arrête là parce que je crois que je t’écrirais jusqu’à demain des sottises. Je suis furieuse, mais malgré tout, je crois que je t’embrasserais avec un plaisir infini.”
Salabert répond en espagnol (NC 78), sur le même ton de désespoir “Oh, Serafina, il faudra beaucoup de temps avant que ne cicatrisent les blessures que cette façon d’agir cause à mon cœur. Toi seule peut me faire tout oublier si je te retrouve telle qu’autrefois.”
Salabert a été repris par le courant des affaires, ce qui l’empêchait de retourner chercher sa femme. Il est aux prises avec un procès avec sa belle sœur, Juana Aloy, Vve Poey. Il fait mille recommandations et reproche à Solange Guenet, dont il regrette la mollesse de caractère.
“Prenez garde, Solange, vous êtes confiant et facile, et ce sont de très grands défauts dans des temps comme ceux-ci.” (NC59)
“Je vous avoue que j’éprouve une certaine crainte par rapport à votre caractère confiant, vous connaissez peu les hommes et ne cherchez pas à les connaître, vous vous concentrez dans votre famille et quoique ce soit une vertu, elle est impraticable pour quelqu’un qui, par état, est obligé de traiter avec les hommes, surtout avec cette classe intrigante, fausse et envieuse.”
“Je vous parle de tout cela comme un ami et un frère, je sais que cela vous fâche, parce que vous vous imaginez que je me crois un jugement supérieur au vôtre. Cela est ainsi, mon cher Solange, vous avez beaucoup plus de mérite que moi dans une infinité de choses, mais comme Dieu a réparti ses dons inégalement, je crois qu’il m’a un peu plus favorisé du côté du jugement sur les choses et les hommes. Si vous êtes sage, vous profiterez de ce qu’il y a en moi, comme je le fais avec vous.” (NC61)
En Août 1812 éclate la guerre entre les Américains et l’Angleterre, au sujet du droit des neutres. Cela va encore compliquer les choses. Certains bateaux étant arraisonnés par les Anglais ! De plus, il sévit dans la région des Bahamas des corsaires, surnommés curieusement ‘hombres de bien’ qui arraisonnent et rançonnent les navires. (NC73)
Le 5 Septembre 1812, Solange Guenet avoue “j’espère cependant et surtout pour ma propre tranquillité que je ne tarderai pas à recevoir de nouvelles instructions, car je vous avoue que les désagréments que j’éprouve sont au delà de toute expression.” (NC66)
Ce n’était pas facile de faire des affaires dans de pareilles circonstances !
Enfin, le 10 Novembre 1812, Serafina arrive à La Havane, ayant fait naufrage aux Bahamas. Salabert continue à rabrouer Solange. “vous ne vous êtes pas mis à la hauteur
des circonstances et vous ne vous êtes pas formé une idée juste de la situation critique où elles nous plaçaient”; “Votre prudence ou votre réserve a produit des sottises” “En un mot, mon cher Solange, si le cas l’exige, faites des miracles, quand on veut bien une chose, on parvient”
Il ajoute “Vous connaissez les femmes, je ne peux rien savoir de certain de la mienne sur mes affaires” (NC80) (Salabert a toujours considéré que les femmes étaient nulles en affaires)
De 1812, après le retour de Serafina, de NC80 à NC98, nous avons essentiellement des copies de lettres en anglais ou en espagnol, rarement en français, envoyées par Salabert à Solange (ou John Anthony) Guenet, ayant trait à des problèmes commerciaux, avec de nombreux détails sur les plantations, les esclaves, leur mortalité, les récoltes de café, le climat, les activités de loisirs “The theater is excellent”, et ceci jusqu’en 1814.
Salabert est fier d’avoir réussi à obtenir pour Solange une “déclaration of Espagnol”, ce qui pourrait lui permettre de revenir un jour le rejoindre, ce qu’il ne conseille pas pour le moment. (NC82). Il l’a obtenu gratis, mais il faut penser à remercier celui qui l’a fait et il dit « I believe it is Mme de Sévigné who says “les petits cadeaux entretiennent l’amitié” »
Il signale qu’il a reçu une lettre de sa mère de Bordeaux “the old woman still writes with a firm hand”
Il est question des deux enfants Poey, restés de nombreuses années en France, fils de Juana Aloy, et qui reviennent à la Havane, mais cela ne rend pas meilleurs les rapports avec leur mère qui doit être une forte femme au mauvais caractère. (NC89)
Les naissances d’enfants se succèdent. Voilà Thomas en Septembre 1813 (NC89), Guenet est chargé de remettre aux enfants de Salabert, Jean et Louis, élèves à New York, des “gold medios” (médailles de baptême de Thomas) (NC94) et des “dulces”. Une lettre ultérieure (NC99) d’un ami qui a remis les pièces aux enfants, précise “they appeared particularly pleased”
Il y a souvent un mélange de langues, c’est ainsi que la lettre NC90 est commencée en anglais et finie en français! Salabert avoue “Je m’aperçois que j’ai commencé à vous écrire en anglais et sans savoir comment j’ai sauté au français, ainsi va ma tête…” “Mais il est coëffé de Fiallo”, dit-il d’un de ses associés, qui apprécie fort le dit Fiallo (NC94) ; également des réflexions politiques, “If we have not a general peace, veryly I say to you, we shall be here in a damned stew”.
La lettre NC95 traite d’un achat de 20 Wenches (pour des plantations) (Il s’agit de femmes esclaves dont on discute le prix (autour de 350$). En Février 1814, Salabert rappelle à nouveau Solange à l’ordre, “Si vous voulez avoir la continuation de mes affaires, faites en sorte que j’aie vos avis avec un peu plus de bonheur”
Napoléon abdique en Avril 1814. Les relations épistolaires entre Mr et Mme Chauviteau à Bordeaux et le ménage Guenet d’un côté, Salabert, de l’autre reprennent, après de longues années d’interruption. Cela donne l’occasion à Mr Chauviteau de manifester son amour des Bourbons “Je suis prêt à mourir pour les augustes et bien aimés Bourbons”. Il est vraiment ennemi de Napoléon. (lettre 139/140).
En décembre 1814 (NC102) Salabert fait allusion dans une lettre à Solange du fait que ce dernier s’apprête à aller à la Guadeloupe, où vit toujours Mme Guenet mère et sa fille Mme Vallée et ses enfants. Il trouve qu’il faudrait mieux attendre “the result of the Vienna Congress” avant de se risquer à voyager. “Serafina miscarried some few months ago”; My last, Thomas, is the finest fellow of the Havana". Il estime par ailleurs que la Guadeloupe peut avoir un effet funeste sur la santé des enfants de Solange Guenet. Il pense à Anthony, en fait, l’une des filles, Serafina y décédera.
Madame Chauviteau profite de la paix retrouvée pour écrire aux uns et aux autres. Elle signale qu’il faut lui écrire sous couvert de Mr Jean Jacques Bosc. à Bordeaux (NC103).
Elle écrit à sa petite fille Solancine (son vrai nom est Joséphine; Solancine est un diminutif de Solange, nom sous lequel son père est communément connu); Elle lui donne de sages conseils: “Te voila donc à la Guadeloupe,…on m’a dit que tu étais une jolie fille, c’est à dire, douce, docile, obéissante à ton papa et à ta maman, bien appliquée à tes devoirs; continue, ma chère amie, à donner satisfaction à tes parents et songe que ton grand papa et ta grand maman sont du nombre” (NC104)
Elle écrit à Salabert: (NC105) : “croyez vous que j’ignore jusqu’à présent si vous avez reçu une caisse d’argenterie qui vous a été envoyée il y a 9 ans”.. Il s’agit probablement de l’argenterie dont il est question dans une liste en annexe.
Salabert continue à donner des instructions à Solange en Avril 1815 (NC107) . Il avait été question que les parents Chauviteau viennent aux Etats Unis. S’ils étaient venus directement à La Havane, ils n’auraient pu débarquer. Les Espagnols mettent dans le même sac tous les français, bonapartistes, et royalistes. Ils sont honnis. Il déconseille tout voyage “on est toujours mieux chez soi qu’à l’étranger”, de même qu’il regrette que Guenet se soit embarqué pour la Guadeloupe. Un nouveau fils lui est né, Philippe André. Il insiste à nouveau sur l’éducation américaine qu’il veut donner à ses enfants. (NC109).
La lettre NC 110, adressée par lui, en anglais (pourquoi?) à la Guadeloupe à Solange nous montre que ce dernier y est bien arrivé. Il en profite pour lui demander de lui envoyer de la graine de poix doux, et du couche couche. Par ailleurs, il précise qu’il a acheté de Wolf les parts restantes du cafetal “Bristol”. Celui-ci appartient pour les 3/8 à Guenet, le reste à Salabert. Ces 3/8 du Bristol constitueront pour l’avenir l’essentiel des revenus des Guenet.
Mme Chauviteau écrit à ses deux petits enfants Guenet Solancine (qualifiée de mérote?)(12 ans) et Antoine (10 ans). Solancine fait de la musique. Antoine apprend bien à lire et écrire. “sois joli garçon, bien docile et appliqué à ton devoir”. En réalité Antoine se révélera un enfant extrêmement difficile, qualifié de cruel par Salabert! (NC 111,112) La lettre NC115 du 14 Octobre, adressée à nouveau à Solancine par Mme Chauviteau, contient à nouveau des conseils “Il faut bien aimer ta grand maman Guenet ; mais il ne faut pas oublier ta mamita, c’est elle qui a reçu tes premières caresses”. “Applique toi à ta grammaire”. En effet, Solancine est née à Baltimore en 1803, date à laquelle les parents Chauviteau étaient avec leur fille, avant de regagner la France en 1805. Les lettres précédentes NC 108,114 et la lettre NC116, renferme des réflexions de Mr Chauviteau. Il va très mal vivre la période des cents jours. Tous ses espoirs s’effondrent “au bout du fossé, la culbute” ne veut pas peser sur ses enfants au point de vue financier. La paix étant revenue. “je crois fermement que voilà la paix avec tout l’univers”. Il espère recevoir quelque chose de la Guadeloupe. (Mr Chauviteau avait loué une grande maison à Basse Terre (Guadeloupe) à l’Administration (Ce fut même sans doute la préfecture) . Mais cela fait 6 ans qu’il n’a plus rien reçu. il faut dire que les Anglais occupent la Guadeloupe depuis 1810.
Mme Chauviteau le 22 Décembre 1815, (NC118) annonce à Salabert le décès de Mme Guenet, mère de Solange, à la Guadeloupe. “La France est parfaitement tranquille” Elle n’ose plus espérer de les voir tous venir la rejoindre à Bordeaux. Solange n’arriverait sans doute pas à y faire des affaires.
Salabert écrit à nouveau à Solange à la Guadeloupe. (NC119) le 6 Janvier 1816. Il lui raconte que son fils Louis a failli mourir à New York, le 25 Novembre, dernier jour des réjouissances, brûlé par la poudre. Il dit que le pays a bien du changer depuis 22 ans qu’il l’a quitté (cela nous donnerait 1794, date effectivement probable), bien que la Souffrière (volcan dominant Basse Terre) et le Houëlmont (hauteur dominant Basse Terre), où est installé son oncle Bioche, doivent toujours être à leur place. Mais les communications restent toujours bien difficiles “il est aussi difficile de correspondre avec votre île qu’avec la Turquie " (NC120.)
Mme Chauviteau écrit à Salabert et à Serafina; elle a reçu des nouvelles de la Guadeloupe. L’abolition de la traite va faire manquer de bras aux habitations. Elle est très émue de l’accident arrivé à Louis. Et l’on parle d’envoi de confitures, une des seules denrées qui supporte le voyage.
Mr Chauviteau meurt à Bordeaux le 23 Juin 1816. Solange Guenet meurt au cours de son voyage de retour aux Etats Unis en Juillet 1816. Salabert continue à lui écrire (NC124,125,127). Il lui envoie des bagatelles pour ses enfants.
Ce n’est que la lettre de Serafina à Mme Chauviteau (NC128 du 22 Septembre 1816) qui fait état de la mort de Mr Chauviteau. Elle lui propose de venir les rejoindre. “venez vivre avec vos enfants qui vous aiment, Chauviteau ne pourra avoir un moment heureux tant que sa mère persistera à se priver d’une consolation qu’elle trouverait dans sa famille”. Salabert, toujours pas au courant du décès de Solange lui écrit le 24 Septembre 1816 (NC129). Pour une fois, il va y avoir une belle récolte de café (ce n’est pas toujours le cas). Il est très pris “Je me trouve seul, à la tête des affaires de Mr Hernandez…”
Salabert vient d’être mis au courant du décès de Solange. Il écrit de suite à sa sœur (NC130) Il est désolé “Vous, comme votre maman, vous vous trouvez veuve, mais, grand Dieu !, avec quelle différence de situation, vous à la fleur de l’âge avec 6 enfants à élever, et presque sans appui !”. Il traite la Guadeloupe de “maudit pays, qu’il ne connait plus”. “pesez sans passion avant de vous décider”.
La lettre NC 131, de Salabert à Mme Chauviteau fait état du décès de Solange. Que de deuils. Salabert a mis à la disposition de sa sœur cinq mille gourdes. Mme Chauviteau répond (NC132). Sa santé est mauvaise, mais améliorée. Elle souhaite que sa fille vienne la rejoindre. On peut vivre et éduquer ses enfants à Bordeaux, sans gros frais. Elle ne serait pas contre venir retrouver Salabert à la Havane “Ne croyez pas que j’aie la moindre répugnance à vivre avec les espagnols” “Elle n’a à offrir qu’une tendresse sans bornes” “je souhaite, désire et espère que vos enfants feront la gloire et consolation de votre vieillesse”.
Une lettre NC133 en espagnol adressée à José Antonio Aloy, frère de Serafina, pour des raisons d’affaires: Il ne faut point qu’il croie qu’on l’oublie si ses sœurs ne lui écrivent point; il faut bien penser que ce sont des femmes!
Salabert apprend de sa sœur qu’elle s’apprête à aller rejoindre sa mère à Bordeaux. Il répond par deux lettres successives (NC134,135). “Je vois avec plaisir que vous vous étiez décidée à passer en France avec toute votre famille”. Il a une crainte (malheureusement fondée) “Hélas !, vous ne la trouverez pas peut-être au nombre des vivants, ce sont des pensées affligeantes auxquelles notre imagination ne peut s’accoutumer, mais il n’en est pas moins vrai qu’à un certain âge, nous voyons partir ce que nous chérissons le plus” De plus il avoue “je me porte passablement, mais je suis trop surchargé d’occupations”
Sophie Chauviteau, devenue Mme Vve Guenet, s’était donc décidée à venir retrouver sa mère à Bordeaux. Jean, fils aîné de Salabert, devait également la rejoindre à Bordeaux, venant de New York où il était en pension. Mme Vve Guenet arrive à Pauillac, à l’entrée de Bordeaux, où son bateau est mis en quarantaine, comme il est de règle avec la plupart des provenances tropicales. Elle écrit à son arrivée, le 12 Juin 1817 à sa mère “quand nous serons ensemble, nous causerons” Malheureusement, Mme Vve Chauviteau était décédée le 10 Juin. Funeste coïncidence! C’est le jeune domestique de Mme Vve Chauviteau, John Thérassin, qu’elle avait amené avec elle des Etats Unis en 1805, qu’elle trouve comme interlocuteur (NC138,139), pour régler les détails de son arrivée. Salabert, non au courant, continue à écrire à sa mère (NC140).
A partir de cette date, les seuls interlocuteurs restants seront Salabert à La Havane et sa sœur à Bordeaux. Salabert va beaucoup s’occuper à distance de sa sœur, à la fois financièrement, en mettant de l’argent à sa disposition, et en l’aidant de ses conseils. Mais sa sœur est peu organisée et Salabert aura bien du mal avec elle. Sa propre santé va bientôt aller en se dégradant, à partir de 1818, et il se décidera à venir en France avec sa famille, en Juin 1821. Il décédera, après une longue maladie, début 1823.
TROISIÈME PÉRIODE (1817-1825)
- Décès de Madame Chauviteau en 1817
- Madame Vve Guenet s’installe à Bordeaux
- Retour en France de Salabert et sa famille (1821)
- Maladie – Décès de Salabert (1823)
- Mariage de Jean Chauviteau et Solancine Guenet (1825)
Dès sa première lettre du 12 Août 1817 (NC141), Salabert, instruit du décès de sa mère, souhaite à sa soeur “de trouver en France le repos et la tranquillité d’âme qui vous est si nécessaire”. Il met à sa disposition 25.000Frs, et lui recommande son fils. Dans sa lettre suivante, (NC142), il lui annonce qu’il renonce en sa faveur à sa part dans la succession de ses parents. Mais “aura-t-elle assez de prudence et d’expérience pour réaliser cette succession?”. L’habitation (le Bristol) dans laquelle sa soeur a les 3/8 a un bon résultat. “Mais rappelez vous que nous vivons dans un siècle de révolutions, et que d’un jour à l’autre, les fortunes peuvent être bouleversées”. Mme Chauviteau avait légué 500Frs à John Thérassin. Qu’on les lui remette!
En Juin 1818 (NC144) il annonce la dégradation de sa santé. il a été aux Eaux de San Diego (Cuba), sans résultat; il va partir aux Eaux de Saratoga, Ball Springs,(E.U) qui lui ont bien réussi en 1805. Il se préoccupe de son fils et de ses études en France “Bordeaux est une ville si corrompue que je désirerais le voir ailleurs”. Il rappelle que la rente qu’elle recevra de part de plantation de café, la Bristol, dépendra entièrement des saisons et du prix du café. La dernière récolte a été nulle. “Lorsque la traite sera entièrement prohibée, les biens qui se trouveront bien montés en nègres et seront en bon état prendront une grande valeur”
Par ailleurs, il manifeste l’inquiétude que lui inspire son neveu Antoine. Il évoque sa totale inaptitude, “pour un être nul, je n’aurais pas plus d’affection que pour une motte qu’aurait engendré ma femme”. Salabert, avec son souci d’efficacité et malgré sa générosité, peut être très dur envers les faibles et les incapables. (il en est de même pour son cousin Bioche, connu sous le nom des Deshauts). “c’est un pauvre enfant, pas du tout méchant, il est destiné à végéter toute sa vie.”
La lettre NC145, écrite peu après expose la manière dont il a régularisé la propriété des 3/8 de la Bristol en faveur des Guenet. Son fils l’inquiète. Il lui a écrit au sujet d’un Ballon et d’une jeune personne avec son parachûte! “Je crains comme tous les diables ces éducations françaises et il me semble revoir mon fils raclant du violon, faire des pirouettes, faire une tête au crayon, et poursuivre les filles” On comprend qu’il préfère l’éducation américaine. Un achat de nègres nous donne le cours $275, et c’est bon marché!
Une lettre pittoresque du Marquis Duquesne à Salabert (NC146), nous apprend qu’il a failli, au cours de son voyage de retour en France, “être la proie de poissons du grand banc”, tant il était malade. Pour lui, Jean, fils de Salabert parait avoir une très bonne éducation “Il m’a infiniment plu”. Quant à son opinion sur les évènements politique en France “Mr de Caze gouverne, et le Roy boit et mange bien” (ce qui ne nous étonne pas de la part de Louis XVIII !)
Sa sœur lui répond (NC147), en défendant son neveu. “tranquillisez vous, trop heureux le père d’un pareil enfant, il est plus savant que vous ne l’étiez à l’âge de 16 ans”. Par ailleurs elle ajoute “je pensais qu’avec le cœur tendre et amoureux des Chauviteau, il pourrait être distrait de ses études par quelque tendresse, il en a pour Solancine [sa fille], qui me parait être un peu plus vive que de la simple amitié”. (Elle a raison, ils se marieront en 1825!). Elle a acheté une maison à Bordeaux. Pour elle c’est un sage placement.
Salabert rentre des Etats Unis début Décembre 1818. il apprend à son retour que le jeune Thérassin qui était arrivé entre temps à La Havane était décédé peu après son arrivée. Salabert en fait part à C.Albrecht et à Robert, son correspondant à Bordeaux (NC149). Malheureusement, le cas est fréquent pour les jeunes arrivant à Cuba en plein été. La meilleure saison est Novembre. Il était imprudent d’arriver en Août. Le jeune homme est décédé d’une fluxion de poitrine et une fièvre maligne. Il venait travailler avec Salabert qui devait le prendre en charge. Ceci explique que nous avons (voir annexe) plusieurs document le concernant : inventaire de ses biens à Bordeaux, certificat comme quoi il avait servi et soigné Mme Chauviteau, etc. Il écrit par ailleurs à sa sœur, se plaignant de n’avoir trouvé à son arrivée aucune lettre d’elle ni de son fils Jean. “Le Bristol est joli, mais ne faisant qu’une très moyenne récolte”.
Dans sa lettre NC151 Salabert sermonne sa sœur au sujet de ses lettres. “Il faut les dater. " “Vous êtes à présent chef de famille, sachez donc la conséquence des dates dans toutes vos affaires.”
De plus il faut accuser réception des lettres reçues, rappeler la date des lettres envoyées précédemment. Il va jusqu’à écrire “Jusqu’à ce que je vous voie en ce train, comme je le désire, je ne répondrai pas à vos lettres”. Cependant sa sœur lui répond (NC153). “Je suis désespérée de vous voir sans nouvelles de nous. Je ne puis concevoir cela, mes lettres ne partent pas ensemble avec celles de Juanillo, je mets les miennes à la poste avec 4 sols.” Elle fait allusion à un prétendant, Mr Dupuy, pour sa fille. Elle n’est pas très favorable, “ma fille ne veut pas en entendre parler, je n’ose pas avoir des prétentions élevées pour elle, mais, étant dans un siècle où la fortune fait tout, elle pourrait bien rester au croque avec toute sa gentillesse”. Enfin “mon cher frère, je suis heureuse, la seule inquiétude que j’ai, c’est de dépenser plus que mes moyens”.
Salabert reçoit une lettre de sa soeur du 3 Mars 1819 (NC156). Il était vrai qu’elle ne prenait pas copie de ses lettres. Mais “ma fille qui a lu votre lettre me promet de me soulager en se chargeant de cette besogne”. Elle fait des éloges de Jean “C’est un bon et aimable enfant”. Il avait écrit déjà (NC155), lui donnant des conseils de prudence pour ses dépenses. Il est par ailleurs ennuyé concernant l’éducation de Jean qui ne lui donne pas satisfaction. Il annonce une nouvelle naissance, espérant que ce sera la dernière car leur grand nombre commence à l’épouvanter (Il s’agit de Louise qui sera pourtant encore suivie en 1820 de Carlotta)
Pour la première fois, Salabert laisse apparaître une certaine lassitude. Il conclut en effet “Je suis si fatigué de commerce et de tracas que je suis à travailler à me retirer… une telle mesure fera bien du tort à mes enfants, car ma position actuelle et ma perspective commerciale est flatteuse, mais j’aime mieux les laisser moins riches pour pouvoir moi-même jouir d’un peu plus de santé”
Il répond à sa sœur au sujet de Mr Dupuy, prétendant de Joséphine (Solancine) (NC159) : “Elle est bien jeune (16 ans) et puisque de son côté n’a pas de goût pour lui, mon avis est de ne point la pousser”
Mme Guenet répond à nouveau à Salabert: en protestant (NC160) : “je vois que vous êtes toujours sans nouvelles de moi, vous pouvez vous en prendre au guignon et non à ma négligence, vous êtes la seule personne dont les lettres me sont précieuses…”
Salabert enchaîne sur ses recommandations “Rappelez vous qu’il ne s’agit pas tant d’écrire une lettre, il faut la copier trois fois, lire les journaux pour savoir s’il part des bâtiments…"(NC161) et puis “Le Bristol n’est pas heureux, il y a toujours quelque chose qui nous prive de belles récoltes”. Il ajoute (NC163) “depuis que je vous ai écrit à boulets rouges à cet égard, je vois que les choses ont entièrement changé de face” “les affaires sont si écrasantes cette année…je ne puis à présent former aucun calcul pour mon voyage”. “Ce que vous me dites d’Antonio est une métamorphose surprenante”
Mme Guenet parle longuement (NC165) de l’éducation de ses garçons et de Jean qui préoccupe beaucoup Salabert. Jean est resté longtemps chez Mr Apiau, négociant à Bordeaux, qui l’avait pris en amitié. Mais ce n’est pas très sérieux. Soreize (collège fameux de l’époque) aurait été préférable. L’état de santé de Salabert la préoccupe “Vous dites que votre santé n’est pas bonne, cela fait de la peine, on prend ici beaucoup de lait d’Anesse pour ces sortes de maladie”
Solancine Guenet qui rédige maintenant le lettres de sa mère, écrit de son côté à son oncle (NC166) : sa joie de recevoir une première lettre de son oncle “fut bientôt effacée par la douleur d’apprendre que votre santé (quoique le voyage en Amérique) ne soit pas rétablie”
Salabert (NC167) redonne à nouveau de sages conseils à sa sœur “Colloquez vos petits moyens de la manière la plus solide…Vous ne devez nullement calquer vos mesures et vos dépenses sur ce que vous faisiez avant la mort de votre mari, parce que ce mari n’existe plus pour vous procurer les mêmes ressources.” . il ajoute (NC168) : “Vous me parlez de mon voyage avec ma famille, croyez vous qu’il est facile de se remuer ainsi? Vous seriez la première à vous repentir des mauvais effets de mon éloignement de ce pays”. il dit par ailleurs “Solancine écrit joliement”
C’est Solancine qui répond (NC170) en envoyant ses vœux. Sa mère, fait rédiger sa propre lettre (NC169) par sa fille. Elle rapporte des nouvelles de la Guadeloupe: Mr Valeau est mort. Elle va avoir 43 ans sous peu (elle est née en 1776)
En Mars 1820, après avoir parlé du Bristol (la récolte n’est pas fameuse) (NC171), mais le plus sérieux est : “ma santé qui exige les plus grands ménagements m’oblige à ne point écrire et j’ai la tête surchargée de tant d’affaires, malgré que je cherche à en soulager le poids, que tout mon temps ne suffit pas à peine pour expédier les plus importantes”. Son fils Louis va revenir des Etats Unis pour l’aider. Il fait des allusions à la situation politique de l’Espagne (NC168), alors assez troublée “L’on espère que ce pays-cy (Cuba) n’éprouvera pas de désastre.”
La lettre de Salabert à sa nièce est plus inquiétante (NC173) : “je suis presque constamment tourmenté de mes nerfs ou vapeurs et la vue de plumes ou de papiers me donne des sueurs froides”. Dans sa lettre à sa sœur (NC174), du 25 Août 1820, il lui apprend une nouvelle naissance celle de Carlotta (ce sera la dernière). Il espère pouvoir se faire aider de ses fils “Juanillo et Louis ne seront pas trop pour m’aider, mais je voudrais faire des avocats ou des médecins de mes autres enfants” et toujours le violon! “j’ai payé les leçons de violon de Louis jusqu’à 3/4$ par leçon et je n’ai pas encore entendu un coup d’archet. " ; “Les habitations sont belles et nous feront une belle récolte”
Solancine adresse ses vœux à sa tante, Sérafina, fin 1820 (NC175). Elle a un style élaboré : “il ne faut pas douter de son amitié, elle a été muette pendant bien du temps, mais maintenant c’est un petit feu bien entretenu”.
Salabert confirme à sa sœur (NC176) “qu’il est attaqué d’une espèce de maladie nerveuse qui me privait de la consolation de pouvoir lire ou écrire” Il parle des enfants Vallée fils de la sœur de Solange, décédée il y a quelques années à la Guadeloupe et qui avait confié ses deux enfants à Salabert avant de mourir. Enfin, il annonce “Le Bristol est dans un brillant état”. (Voilà qui va faire plaisir à sa soeur qui en possède le 3/8.) Cependant “Nous ne sommes point très tranquilles ici, voilà plus de quinze jours que nous sommes dans les alarmes, et toutes ces scènes me rappellent celles que nous éprouvâmes à la Guadeloupe, il y a 28 à 30 ans.”…”Je m’occupe en ce moment à mettre dehors de ce pays-cy une partie de ma petite fortune”.
Salabert précise son projet de départ (NC177): peut-être en Mai. Il continue (NC178) à avoir quelques problèmes avec l’éducation de son fils Jean, qui, seul en France en fait un peu à sa tête, se couvrant en disant “hô, cela ne convient pas à mon père”. Aussi, il ne faut point annoncer à l’avance à Juanillo de ses projets de retour, cela le distrairait de ses études.
Enfin, le 23 Mars 1821 (NC179), par sa dernière lettre écrite de Cuba, Salabert annonce à sa sœur son départ proche pour la France. Il arrivera au Havre. Il “espère être en France à la fin de Mai et que l’éloignement des affaires contribuera autant que le changement de climat au rétablissement de sa santé” Il arrivera avec sa famille au Havre le 6 Juin, où l’attendait son fils Jean.
Voilà Salabert en France, pour la première fois de sa vie. Ce séjour sera assez bref: dix huit mois seulement. Il sera emporté par la maladie début 1823. Il ne peut plus écrire et est presque aveugle. Ce sont ses deux fils aînés, Jean et Louis qui vont tenir sa correspondance et agir suivant ses instructions. Il va s’installer à Paris, dans le quartier alors à la mode, celui de la Madeleine.
Sa sœur reste à Bordeaux. Ils ne se reverront que dans le cours de l’année 1822, où elle le retrouvera aux Eaux de Bourbon l’Archambault. Les médecins qu’il consulte en France n’ont à lui proposer que des séjours aux Eaux, d’abord à Vichi en 1821, à Bourbon l’Archambault. Comme on peut s’y attendre, il n’en sentira aucun bénéfice, et sera plutôt fatigué par les déplacements que cela entraîne.
Nous sommes au courant de l’évolution de son état de santé par les nouvelles qu’il donne à ses correspondants, sa sœur d’abord, un ancien ami, Lemasne à Nantes, à son gérant de plantation à Cuba, Casadevan, Mr Russel aux Etats Unis, à son beau frère Hernandez à La Havane, et pour finir à deux de ses agents, Juara Goy à Cuba et Raboteau, un des meilleurs employés, en déplacement en Europe.
De plus, un de ses anciens amis de Cuba, émigré aux Etats Unis comme Salabert, et qui lui avait écrit à l’époque, Louis de Mons d’Orbigny, vivant à Tours, lui envoie des lettres d’encouragement dans un style un peu ampoulé, encore bien 18ème siècle, sans réaliser l’importance de sa maladie.
Une de premières lettres de Salabert à Paris fut pour sa sœur (NC181). Elle confirme: “Ma santé ne s’est pas encore améliorée, j’ai eu aujourd’hui une consultation de médecin et l’on m’a ordonné les Eaux de Vichi” (déjà prescrit pour les coloniaux!).
Lors de son voyage pour Vichy, c’est sa femme Serafina, qui tombe malade à la Charité sur Loire. C’est pourquoi Louis de Mons lui écrit de Paris, dès qu’il est mis au courant. Il veut le rassurer en particulier sur sa fille Serafina, (elle a 11 ans) restée à Paris dont il est le parrain (NC183, 1814). Il continue à écrire à Salabert (NC185,186,) après le retour de sa femme à Paris avec Louis. Il veut l’encourager “Occupez vous de vos affaires, mon ami, mais sans vous tourmenter, vous avez assez travaillé pour vous reposer, vous avez réussi dans vos entreprises, vous avez une fortune indépendante, une famille on ne peut plus intéressante” Puis, plus loin “Ne vous tourmentez pas, mon ami, le proverbe qui dit que la maladie vient à cheval et s’en va à pied n’est que trop vrai”…”Votre unique inquiétude, c’est la crainte de ne pas recouvrer entièrement votre vue. Pourquoi s’en alarmer d’avance? Certes, ce serait une terrible épreuve, mais les médecins vous assurent de votre guérison, je l’espère, je le crois…”
Sa dernière lettre (NC188), écrite après le retour de Salabert à Paris en Novembre 1821, est moins banalement optimiste. Il essaie toujours de l’encourager “Vous êtes dans un état de maladie, mon cher ami, mais le moral est plus malade que le corps, et malheureusement les médecins ne guérissent point ce mal.” Il conclut “Résignez-vous et triomphez d’une épreuve qui ne sera pas sans conséquence”. Oui, mais laquelle?
Salabert ne perd pas le contact avec ses affaires. Il en entretient sa sœur (NC189,190). Il continue à dire, “les femmes en général n’entendent rien aux affaires et sont sujettes à faire des bévues”. Et où en est ce projet de mariage de Solancine Guenet avec Mr Dupuis? Il conclue mélancoliquement “Ma maladie, loin de diminuer semble s’aggraver, et je crains beaucoup que le résultat final sera que vous aurez un frère aveugle, malheur qui ruinera ma famille et peut-être la vôtre”.
Salabert avoue à son ami Lemasne, de Nantes (NC191) en Novembre 1821: “Je commence à croire que je ne guérirai jamais” “mais je suis bien logé (rue de la Paix), bien habillé et fais du bon feu”; “lorsqu’il fait beau temps, je me promène en voiture”. il lui donne des instructions pour des marchandises en stock “si vous croyez qu’on peut tirer meilleur parti de nos denrées en les gardant, je suis fort d’avis que vous les gardiez pour une hausse”. En Décembre 1821, il écrit (NC193) à nouveau à son ami Lemasne “il me reste une faiblesse extrême, et une cécité momentanée, l’on me fait espérer que le printemps pourra amener quelques améliorations”. Il ajoute avec lucidité “quand je considère le genre de vie que j’ai menée depuis vingt-cinq ans, je regarde la machine entièrement usée”. Il rapporte toujours les nouvelles (ou les bobards) de la Havane “Il parait qu’il y avait eu complot parmi les Noirs pour assassiner tous les Blancs”.
Au début de 1822, il écrit à sa sœur (NC194): “je me résigne à la volonté de Dieu. j’ai renvoyé la moitié de mes médecins, je ne fais plus aucun remède jusqu’au printemps prochain” “La récolte de café sera moitié moindre que l’an dernier” Parlant d’Antoine, enfant difficile de sa soeur, on pourrait l’orienter vers le labourage. Il conclut avec un sage conseil : “Dites moi si vous lisez les journaux? Car sans cette lecture là, on ne peut rien savoir de ce qui se passe à l’entour de vous”.
Salabert déménage et s’installe 16 rue Duphot (Le bail comprend l’impôt des portes et fenêtres). Ses lettres à sa soeur (NC198) à Lemasne (NC199) font toujours état de sa mauvaise santé, de la baisse de la récolte du café, mais il dit que Cuba est très tranquille. Il n’a aucunes nouvelles de son gérant à Cuba, Cyprien Casadevan..
Son ami Louis de Mons, lui écrit mélancoliquement de la campagne en Mars 1822.(NC200) “La vie la plus longue n’est qu’un passage de quelques instants en comparaison de l’éternité”. La seule thérapeutique envisagée reste les Eaux. La médecine de l’époque était bien démunie devant la maladie ! Salabert annonce à son ami Lemasne (NC201) que ce seront les Eaux de Bourbon l’Archambault. Elles sont connues actuellement comme luttant contre la goutte et les paralysies. Il n’y croit plus guère. Heureusement, ses deux fils aînés vont bientôt pouvoir le remplacer auprès de sa femme et de ses petits enfants.
Enfin, Casadevan gérant de son habitation du Bristol lui écrit pour la première fois depuis un an. Salabert (NC202) s’insurge contre le fait que ce long silence serait du au fait qu’il n’avait pas laissé d’instructions précises dans ce sens. Il le rabroue gentiment: “Je m’aperçois que votre tête béarnaise est toujours la même, et la plus petite chose vous offusque. Soyez dorénavant plus franc et plus ponctuel.” Salabert avoue à sa soeur “Je suis toujours sans amélioration” NC203) et à Lemasne en Mai 1821 (NC204) “Les médecins ont jugé que les Eaux de Bourbon l’Archambault, de préférence aux Eaux du Midi, pourraient convenir.” . Il dit: “Je me flatte qu’à mon retour (dans deux mois), j’aurai encore l’âme dans le corps et que je vous retrouverai à Paris, gras, fort et gaillard !”
Avant de partir pour Bourbon l’Archambault avec sa femme, Mr Durand (peut-être un médecin qu’il a connu aux Etats Unis) et 3 personnes de service (un domestique, une servante et un voiturin), laissant à Paris ses enfants avec une bonne et une cuisinière. Ceci donne une idée de leur train de vie confortable. Il écrit à sa sœur et à son beau-frère Hernandez (NC206,207,208) (pour ce dernier en espagnol). Il explique à sa sœur “je suis logé 16 rue Duphot, dans une maison jolie et agréable, des appartements beaux et commodes, un jardin pour les enfants, écurie, remise, point de remise, point de voiture. je suis dans mes meubles, ma femme s’est distinguée dans le choix qu’elle a fait. je me trouve fort à mon aise dans cette maison”.
Il dit à son beau frère “Segun todo lo que he visto, Paris es unico pais para los americanos de todas naciones” “Selon tout ce que j’ai vu et entendu, Paris est le seul pays pour les Américains de toutes les nations”. (Il y aurait 200.000 étrangers vivant à Paris.) Cependant “la province n’offre pas de distractions valables.” Les Etats Unis lui plairaient également beaucoup, mais il fait vraiment trop froid, ce qui ne nous étonne pas pour un colonial comme Salabert. Il ressort de la lettre que deux des fils d’Hernandez (Narcisso et Pepe) sont à Paris pour des études commerciales.
Sa sœur vient de Bordeaux le retrouver à Bourbon l’Archambault. Ils ne se sont pas revus depuis 1812, soit 10 ans ! Hélas, à son retour à Paris avec sa sœur vers le 5 Août, il écrit (NC209) à son gérant Casadevan “je n’ai retiré aucun avantage de mon séjour, au contraire, je suis à présent d’une si grande faiblesse qu’il faut deux personnes pour me remuer”: il s’occupe toujours de ses affaires et se déclare prêt à acheter sur une cavallerie et demie de terrain près du Bristol, pour agrandir cette plantation de café (Il ne faut pas cependant que cela dépasse dix mille gourdes = cinquante mille francs?).
Louis de Mons lui écrit à son retour (NC210) voulant toujours être optimiste “Je vois avec peine que votre état s’améliore lentement, il faut s’armer de courage et de patience”.
Depuis longtemps, ce sont ses fils, Jean et Louis qui écrivent à sa place. Une lettre (NC211), à Juara Goy, son agent à la Havane, du 20 Novembre 1822 redonne un peu espoir “Ma santé s’est beaucoup améliorée depuis un mois” ; des bains froids lui font du bien, il a quelques lueurs, ce qui montre que le nerf optique n’est pas détruit. “Pourquoi la fatalité m’a-t-elle conduit aux Eaux de Bourbon l’Archambault au lieu de continuer un remède (les bains froids) qui m’avait fait tant de bien.” Le 31 Décembre, il écrit à son beau-frère (NC212) “Ma maladie empire et je souffre jour et nuit le martyre…” Mais il arrive à faire écrire à son homme d’affaires Raboteau, alors en Allemagne (NC213): “Il parait que l’Allemagne offre un champ libre à l’Economie, mais non aux voyageurs qui ne se munissent point de bons passeports”.
Le 3 Janvier, ses fils rajoutent au même correspondant “Notre père est bien mal depuis quelques jours, nous avons manqué de le perdre. Ce soir, à notre grand étonnement, il se trouve beaucoup mieux”
Mais le registre de copie de lettres se termine laconiquement immédiatement après avec la seule mention : “Fini.”
Salabert s’est donc éteint à Paris, 16 rue Duphot, le 22 Janvier 1823, à 48 ans. Sa femme lui survivra 57 ans, en mourant en 1880 à l’âge de 94 ans, ayant eu onze enfants.
2 lettres ultérieures (NC214,215) figurent dans ce recueil, datées du 12 et 13 Octobre 1825.
Elles nous annoncent le mariage de Jean Chauviteau et de sa cousine Joséphine (Solancine Guenet), qui était plus ou moins envisagé depuis longtemps. Ce mariage entre cousins germains n’était pas une nouveauté dans la famille, puisque la mère de la mariée, Sophie Chauviteau, sœur de Salabert avait épousé son cousin Antoine (Solange Guenet).
Solancine écrit à sa tante, Mme Vve Chauviteau, pour la remercier de son accord “Je suis persuadée que je me trouverai auprès de vous, comme dans ma propre famille, l’une ne pouvant me faire oublier l’autre”. Quant à Mme Vve Guenet, mère de l’épouse, elle écrit à sa belle sœur “Depuis longtemps, je m’étais aperçue de l’inclination de mon neveu pour ma fille, mais comme vous, je ne m’en suis pas mêlée” ; “J’ai toujours pensé qu’ils étaient nés l’un pour l’autre, car malgré leurs séparations, ils n’ont cessé de s’aimer.”
Aucun des 4 frères et sœurs (Clara, Antoine, Charles et Eugène) de Solancine Guenet ne se mariera, la raison en étant peut-être à la modicité de leurs revenus, constitués par les 3/8 de la plantation le Bristol. Par contre tous les autres frères et sœurs (à l’exception de Ferdinand) de Jean Chauviteau (Séraphine, Thomas, Philippe, Micaella, Louise et Carlotta), Louis étant déjà décédé à l’époque du mariage de son frère, se marieront et auront une descendance abondante.
N.B. L’orthographe et le style ont été, dans l’ensemble, transcrits tels quels.
RETRANSCRIPTION DES LETTRES
PREMIÈRE PÉRIODE (1797-1806)
Les lettres de la première période sont lisibles dans le document ci-dessous :
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